Christophe Masson : « La cosmétique a un vrai rôle de santé publique »

A la deuxième place des secteurs exportateurs de l'économie française, la cosmétique, une filière résiliente et porteuse. Elle a tiré son épingle du jeu pendant la crise et pourrait bien, à moyen terme, se hisser au premier rang des secteurs exportateurs français. Décryptage avec Christophe Masson, directeur général du pôle de compétitivité de Cosmetic Valley. 

Avec une croissance moyenne de 5 % par an, la filière française de la cosmétique (hygiène, soin, parfum et maquillage), devrait représenter d’ici 2025 plus de 700 milliards de dollars*. Une croissance qui en fait un secteur de choix pour de nombreux entrepreneurs désireux de se développer en France et à l’international. Une tendance qui n’a pas échappé à Christophe Masson, directeur général du pôle de compétitivité de Cosmetic Valley.

Pouvez-vous nous présenter la Cosmetic Valley ?

Cosmetic Valley est née il y a 25 ans, et se présente comme le premier regroupement au monde dédié à l’industrie de la parfumerie-cosmétique. En 2005 nous avons été labelisé pôle de compétitivité sur 3 régions : Normandie, Ile-de-France et Région Centre. Aujourd’hui nous balayons tout le territoire et sommes mandatés par l’Etat pour être coordinateur de la filière nationale.
Notre association réunit également tous les métiers de la chaine de valeur : matière première, packaging, produit fini qui représentent à eux seuls 3 200 entreprises en France, 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 250 000 emplois.

La cosmétique est le deuxième secteur exportateur en France. Est-ce une filière qui offre de véritables opportunités pour les entrepreneurs et investisseurs ?

Tout à fait ! Vous savez, la cosmétique n’a rien de futile et a pris tout son sens pendant la crise. Elle a un vrai rôle de santé publique car elle renforce notre bien-être et notre estime de soi.
De plus, c’est un marché résiliant qui connait une forte croissance à l’échelle mondiale, et ce malgré la Covid-19. Tout simplement parce que c’est un besoin fondamental.
Si la France est aujourd’hui le leader dans ce secteur ce n’est pas pour rien. Des pays comme l’Asie ou le Moyen-Orient se tournent vers nous car ils veulent acheter de la valeur, de la sécurité, de la performance, de l’innovation et de la durabilité. Ces deux marchés sont d’ailleurs ceux vers lesquels nous emmenons systématiquement nos startups, car la croissance y est constante.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les secteurs porteurs dans la cosmétique, notamment après la crise de Covid-19 ?

Ce n’est pas nouveau, les crises accélèrent souvent des tendances qui avaient déjà été identifiées quelques années auparavant. En ce qui concerne la cosmétique, je dirais que les tendances majeures qui se sont développés pendant et après le confinement sont : l’impact écologique, la naturalité, la personnalisation et la transition digitale.
Le plus marquant étant la recherche de naturalité avec la mise en place de procédés plus propres, et l’utilisation de la biotechnologie notamment. On voit aussi l’émergence de produits qui nécessitent de moins en moins d’eau.
En ce qui concerne la digitalisation, beaucoup d’entreprises cherchent désormais à créer une expérience utilisateur totalement digitalisée.

On remarque d’ailleurs -tout secteur confondu- que le digital ne s’est jamais autant développé que pendant le confinement. Toutes les entreprises ont su passer le cap facilement ?

La digitalisation n’est plus un choix mais une obligation. Les entreprises s’en sont d’ailleurs rapidement rendu compte pendant le confinement. Avec la fermeture des points de vente, celles qui n’avaient pas encore de site de e-commerce n’ont pas eu d’autre choix que de se lancer.
Aujourd’hui, nous nous concentrons d’ailleurs sur un accompagnement afin de les guider dans cette transition. C’est un passage qu’elles ne doivent pas négliger. La France dispose d’une belle position à l’échelle mondiale, mais c’est un marché extrêmement compétitif qui se développe beaucoup, notamment en Corée du Sud, il est donc essentiel de ne pas se laisser distancer par ces entreprises « digital native ».

D’ailleurs, comment avez-vous accompagné ces entreprises pendant cette période ?

Au plus fort de la crise, beaucoup d’entreprises ont décidé d’être solidaires et ont commencé à fabriquer du gel hydroalcoolique, des produits qui ne peuvent pas être produits par notre industrie en temps normal, mais qui pour l’occasion exceptionnelle a fait l’objet d’un nouveau décret. Nous sommes restés à leurs côtés pour faciliter les mises en relation avec les différents acteurs de la chaine de valeurs, en leur apportant des conseils, car pour beaucoup le process leur était inconnu où il ne savait tout simplement pas à qui livrer ces produits. Cet épisode a montré l’agilité de nos entreprises, et la force d’un tissu industriel qui fait du made in France. Au final, en France, plus d’1/3 de la production de gel hydroalcoolique provient de l’industrie cosmétique.

Et la suite pour la Cosmetic Valley ?

Le 15 octobre dernier nous avons organisé les Etats Généraux de la filière parfumerie-cosmétique. Cet événement a donné suite à la mise en place de 30 mesures fortes pour la filière. Nous avons également inauguré en septembre dernier le Beauty Hub, un accélérateur dédié à la filière cosmétique et soutenu par le programme investissement d’avenir pour les filières. 
Ce Beauty Hub est la première brique de la Maison Internationale de la Cosmétique, qui ouvrira en 2023. Elle se composera d’une Maison de Filière pour les délégations internationales, startups, PME, afin de les former et les accompagner sur l’innovation. Il y aura également un espace dédié à un public national et international dans lequel on apprendra ce qu’est la cosmétique, d’où elle vient, comment est-elle fabriquée, quels sont les métiers qui la compose, et ce qui uni l’homme la cosmétique et la nature.

 

*Chiffre issu du site de la Cosmetic Valley

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